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ÉTUDE DE CAS #014 Quand la peur s'était enfermée dans la salle de bain

  • Photo du rédacteur: Sophie Poirier
    Sophie Poirier
  • 17 juin
  • 4 min de lecture

Catégorie

Leadership, gestion des émotions et influence

Compétences humaines développées

● Leadership

● Gestion des émotions

● Courage

● Présence

● Jugement

● Communication

● Influence

Concepts TRIA Conscience

● Corps

● Émotions

● Énergie

● Sens

Temps de lecture

8 à 10 minutes


Contexte

Les événements difficiles ne disparaissent pas toujours lorsque la situation est terminée.

Parfois, les conséquences les plus importantes demeurent invisibles.

Elles continuent d'exister dans les souvenirs, les émotions et les réactions des personnes qui les ont vécus.

Cette étude de cas illustre comment la peur peut continuer d'influencer les comportements longtemps après qu'un événement soit terminé.

À première vue, cette histoire semble concerner un individu que plusieurs employés craignaient.

Pourtant, lorsqu'on l'examine plus attentivement, elle soulève des questions importantes concernant le leadership, l'influence émotionnelle et la capacité à demeurer présent lorsque les autres sont paralysés par la peur.


Situation observée

À l'époque, j'étais gérante d'un restaurant depuis peu de temps.

Quelques semaines avant mon arrivée, l'équipe avait vécu un hold-up.

Même si l'événement était terminé depuis un certain temps, les employés en parlaient encore régulièrement.

Ils mentionnaient notamment qu'ils croyaient reconnaître l'auteur du vol.

Selon eux, cet individu revenait parfois manger au restaurant.

Ils étaient convaincus qu'il s'agissait de la même personne.

Toutefois, ils n'avaient aucun moyen de le prouver.

Chaque fois que son nom revenait dans les conversations, une nervosité palpable s'installait.

Les employés avaient peur de le servir.

Peur de lui parler.

Peur qu'un nouvel incident survienne.

Un jour, alors que nous étions en pleine opération, plusieurs employés sont venus me voir précipitamment.

« Sophie, il est là. »

Ils semblaient visiblement inquiets.

Je leur ai alors répondu :

« Si jamais il revient, dites-le-moi. Je vais m'en occuper. »


Le dilemme

Quelques jours plus tard, la situation s'est effectivement produite.

L'homme est entré dans le restaurant.

Les employés me l'ont immédiatement signalé.

L'inquiétude était évidente.

Je me suis donc dirigée vers l'avant afin de prendre sa commande.

Rapidement, j'ai remarqué son attitude.

Il semblait chercher à attirer l'attention.

Il changeait constamment d'idée.

Demandait un repas.

Puis un autre.

Puis revenait à son premier choix.

Le ton était arrogant.

Provocateur.

Comme s'il cherchait à tester les limites de la situation.

Je me retrouvais alors devant un choix.

Devais-je réagir à son attitude ?

Devais-je entrer dans son jeu ?

Ou devais-je simplement demeurer calme et poursuivre mon travail ?


L'intervention

Après plusieurs changements d'idée, je lui ai répondu calmement :

« Quand tu sauras ce que tu veux, tu me le diras. Je n'ai pas juste ça à faire. »

Le message était simple.

Clair.

Sans agressivité.

Sans peur.

Sans tentative d'impressionner.

Finalement, il a choisi son repas.

Puis il m'a demandé :

« Ça te dérange-tu si je mange ici ? »

Je lui ai répondu :

« Tant que tu ne causes pas de problème, ça ne me dérange pas. »

Je l'ai servi.

Puis je suis retournée vers le comptoir.

C'est à ce moment-là que j'ai réalisé quelque chose d'étrange.

Je ne voyais plus aucun employé.

Plus personne.

Le restaurant semblait presque vide.

Je me suis mise à les chercher.

Puis j'ai découvert où ils étaient.

Tous ensemble.

Enfermés dans la salle de bain.

Ils étaient quatre ou cinq.

Barricadés derrière la porte.

Pendant que je me retrouvais seule dans la salle à manger avec le client.

Malgré leurs craintes, rien ne s'est produit.

L'homme a mangé son repas.

Puis il est parti.

Sans incident.

Sans menace.

Sans problème.


Ce qui a changé

Avec le recul, un détail m'a particulièrement marquée.

Lorsque j'ai commencé à lui parler sans peur, son attitude a progressivement changé.

L'arrogance du début a diminué.

La tension a baissé.

Comme si le rapport de force qu'il tentait peut-être de créer n'avait tout simplement pas trouvé d'écho.

Je n'avais pas cherché à le confronter.

Je n'avais pas cherché à l'impressionner.

J'étais simplement demeurée présente.

Calme.

Et centrée sur mon rôle.


Analyse selon le modèle TRIA Conscience

Corps

Les employés avaient vécu un événement traumatisant quelques semaines auparavant.

Même si le danger immédiat n'était plus présent, leur corps réagissait encore comme s'il existait.

Le système d'alarme demeurait actif.

Le corps conserve parfois la mémoire de certaines expériences bien après leur disparition.


Émotions

La peur était omniprésente.

Elle ne se manifestait pas seulement dans les pensées.

Elle influençait directement les comportements.

Les employés n'ont pas choisi rationnellement de s'enfermer dans la salle de bain.

Ils ont réagi à une émotion qui leur semblait plus forte qu'eux.

Cette situation rappelle à quel point les émotions peuvent influencer nos décisions lorsque nous ne les reconnaissons pas consciemment.


Énergie

La peur possède un pouvoir de contagion remarquable.

Elle peut rapidement se propager dans un groupe.

Créer des réactions collectives.

Modifier les comportements.

Mais le calme possède lui aussi une forme d'influence.

Lorsqu'une personne demeure stable dans un contexte tendu, elle peut contribuer à diminuer l'intensité émotionnelle de la situation.


Sens

À ce moment précis, mon rôle n'était pas de démontrer du courage.

Mon rôle était simplement d'assurer la sécurité de l'équipe et des clients.

Cette intention a guidé mes comportements.

Lorsque le sens est clair, il devient souvent plus facile de ne pas se laisser entraîner par la peur collective.


Réflexion

Comment réagissons-nous lorsqu'une expérience difficile laisse une trace durable dans notre esprit ?

À quel moment la prudence cesse-t-elle d'être protectrice pour devenir limitante ?

Comment un leader peut-il soutenir une équipe dont la peur influence encore les comportements ?

Et comment distinguer un danger réel d'un danger perçu ?


Questions d'approfondissement

● Avez-vous déjà vécu une situation où la peur persistait même après la disparition du danger ?

● Comment réagissez-vous lorsque les émotions d'un groupe deviennent très intenses ?

● Quelle différence existe-t-il entre la prudence et la peur ?

● Comment retrouver son calme dans une situation qui semble menaçante ?

● Dans votre milieu de travail, quelles peurs continuent parfois d'influencer les comportements ?


Apprentissage clé

La peur est une émotion utile.

Elle cherche à nous protéger.

Mais lorsqu'elle demeure présente après la disparition du danger, elle peut parfois limiter notre capacité à voir la réalité telle qu'elle est.

Le leadership ne consiste pas à ne jamais avoir peur.

Il consiste souvent à demeurer suffisamment présent pour ne pas laisser la peur prendre toutes les décisions.

Parce que la peur est contagieuse.

Mais le calme l'est aussi.

Et parfois...

La peur finit par s'enfermer elle-même dans la salle de bain.


TRIA Conscience

Sophistiquée sans être compliquée.

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