ÉTUDE DE CAS #019 Quand le talent était ailleurs
- Sophie Poirier
- 17 juin
- 5 min de lecture
Catégorie
Leadership, développement des talents et gestion des compétences
Compétences humaines développées
● Jugement
● Accompagnement et coaching
● Empathie
● Évaluation des compétences
● Prise de décision
● Acceptation des limites
Concepts TRIA Conscience
● Corps
● Émotions
● Énergie
● Sens
Temps de lecture
7 à 10 minutes
Contexte
Dans les organisations, il arrive qu'un employé éprouve des difficultés à maîtriser les exigences d'un poste malgré sa bonne volonté et les efforts déployés pour l'accompagner.
Lorsqu'une telle situation se présente, les gestionnaires sont souvent confrontés à un dilemme délicat.
Doivent-ils poursuivre les efforts de formation en espérant une amélioration ?
Ou doivent-ils reconnaître que la personne n'est tout simplement pas dans le rôle qui lui convient ?
Cette étude de cas illustre une réalité parfois difficile à accepter : l'intelligence, la motivation et les qualités humaines ne garantissent pas nécessairement l'adéquation avec un poste.
Situation observée
À cette époque, j'occupais un rôle de gérante et de formatrice au sein d'un restaurant.
J'accompagnais régulièrement les nouveaux gestionnaires et les nouveaux adjoints dans leur apprentissage.
Un jour, mon directeur commercial est venu me rencontrer.
Il souhaitait me confier un nouvel adjoint en formation.
Avant même son arrivée, il m'a expliqué la situation.
Plusieurs gestionnaires avaient déjà tenté de le former.
Malgré leurs efforts, les résultats demeuraient insatisfaisants.
Les apprentissages ne semblaient pas s'intégrer.
Les difficultés persistaient.
Mon directeur commercial m'a alors dit :
« Sophie, tu es ma dernière ressource. Si ça ne fonctionne pas avec toi, nous n'aurons probablement pas d'autre choix que de mettre fin à son emploi. »
J'ai accepté le défi.
Je croyais sincèrement pouvoir faire une différence.
Le dilemme
Dès les premières semaines, j'ai compris pourquoi la situation préoccupait autant l'organisation.
Le jeune homme était extrêmement sympathique.
Respectueux.
Poli.
Ouvert aux conseils.
Il démontrait une réelle volonté de bien faire.
Pourtant, malgré tous ses efforts, les difficultés demeuraient présentes.
L'administration représentait un défi constant.
Les notions semblaient difficiles à intégrer.
Le rythme opérationnel du restaurant ne lui convenait pas davantage.
Certaines tâches qui devenaient rapidement naturelles pour la majorité des adjoints continuaient à lui demander beaucoup d'efforts.
Ce qui rendait la situation encore plus difficile à comprendre, c'est que mon directeur commercial m'avait également confié une information surprenante.
Ce jeune homme étudiait pour devenir avocat.
Il était manifestement intelligent.
La question n'était donc pas de savoir s'il possédait les capacités intellectuelles nécessaires.
La véritable question était ailleurs.
Pourquoi une personne intelligente, motivée et sympathique éprouvait-elle autant de difficultés dans ce rôle ?
L'intervention
J'ai décidé de lui consacrer toute l'attention et tout le soutien possibles.
Je voulais lui donner toutes les chances de réussir.
Je l'ai accompagné.
Je l'ai encouragé.
Je lui ai expliqué les procédures.
Je lui ai offert des outils.
Je lui ai consacré du temps.
J'espérais sincèrement parvenir à débloquer la situation.
Plus le temps avançait, plus je souhaitais que ses efforts portent fruit.
Parce qu'il était attachant.
Parce qu'il travaillait fort.
Parce qu'il méritait qu'on croit en lui.
Malgré tout cela, les progrès demeuraient insuffisants.
Les mêmes difficultés revenaient continuellement.
Peu importe l'approche utilisée, les résultats restaient les mêmes.
L'échange qui a suivi
Graduellement, une réalité est devenue impossible à ignorer.
Le problème n'était pas un manque d'effort.
Le problème n'était pas un manque d'intelligence.
Le problème n'était même pas un manque de bonne volonté.
Le véritable problème était l'adéquation entre la personne et le poste.
Certaines personnes possèdent un immense potentiel.
Mais ce potentiel ne peut s'exprimer pleinement que dans un environnement qui correspond à leurs forces naturelles.
Finalement, la décision a été prise de mettre fin à son emploi.
Cette décision m'a profondément attristée.
J'aurais aimé réussir.
J'aurais aimé être la personne qui trouverait la solution.
J'aurais aimé pouvoir lui permettre de poursuivre son parcours dans l'entreprise.
Mais malgré tous les efforts investis, la réalité demeurait la même.
Ce rôle n'était tout simplement pas fait pour lui.
Analyse selon le modèle TRIA Conscience
Corps
Au fil des semaines, certains signes devenaient de plus en plus visibles.
Les tâches administratives semblaient constamment lui demander un effort important.
Les apprentissages ne devenaient jamais vraiment fluides.
Son aisance naturelle n'était pas présente dans ce type de travail.
Le corps révèle souvent ce que les mots n'expriment pas encore.
Parfois, l'absence de fluidité est déjà un message.
Émotions
Au départ, je ressentais beaucoup d'espoir.
J'étais motivée par l'idée de l'aider à réussir.
Puis sont apparues certaines frustrations lorsque les mêmes difficultés revenaient malgré les efforts déployés.
Finalement, c'est surtout de la tristesse que j'ai ressentie.
Non pas parce qu'il refusait d'apprendre.
Mais parce que je réalisais qu'il donnait le meilleur de lui-même sans parvenir à répondre aux exigences du poste.
Énergie
Une quantité importante d'énergie était investie de toutes parts.
Par lui.
Par moi.
Par les gestionnaires qui l'avaient accompagné auparavant.
Par l'organisation.
Malgré cet investissement, les résultats demeuraient limités.
Lorsque l'énergie est constamment dépensée sans produire de progression durable, il devient parfois nécessaire de se demander si le problème est réellement la personne ou simplement le contexte dans lequel elle évolue.
Sens
Cette expérience m'a rappelé une leçon importante.
Le rôle d'un gestionnaire n'est pas toujours de transformer une personne pour qu'elle corresponde à un poste.
Parfois, son rôle consiste à reconnaître que les talents de cette personne se trouvent ailleurs.
Accepter cette réalité demande du courage.
Mais cela peut également devenir un acte de respect.
Réflexion
Nous avons souvent tendance à associer les difficultés professionnelles à un manque de compétence ou à un manque de volonté.
Pourtant, certaines situations sont beaucoup plus nuancées.
Une personne peut être intelligente.
Travaillante.
Respectueuse.
Motivée.
Et malgré tout, ne pas être au bon endroit.
Lorsqu'une personne se trouve dans un environnement qui ne correspond pas à ses forces naturelles, chaque tâche devient plus exigeante.
Chaque apprentissage demande davantage d'efforts.
Chaque journée devient plus lourde.
Cette expérience m'a rappelé qu'aider quelqu'un ne signifie pas toujours lui permettre de rester dans un poste.
Parfois, la meilleure aide consiste à reconnaître que son avenir se trouve ailleurs.
Questions d'approfondissement
● Avez-vous déjà rencontré une personne compétente qui semblait simplement être dans le mauvais rôle ?
● Comment distinguez-vous un manque d'effort d'un manque d'adéquation avec un poste ?
● Jusqu'où un gestionnaire doit-il investir dans le développement d'un employé avant de reconnaître que le poste ne lui convient pas ?
● Comment annoncer une telle décision avec respect et humanité ?
● Dans votre propre parcours, avez-vous déjà découvert qu'un environnement ne correspondait pas à vos talents naturels ?
Apprentissage clé
L'intelligence ne garantit pas l'adéquation.
La motivation ne garantit pas la réussite.
Et la bonne volonté ne suffit pas toujours à compenser un mauvais alignement entre une personne et son rôle.
Parfois, la plus grande preuve de respect consiste à reconnaître que le talent existe réellement.
Mais qu'il s'exprime simplement ailleurs.
TRIA Conscience




Commentaires