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ÉTUDE DE CAS #021 Quand la vérité a parlé avant la cassette

  • Photo du rédacteur: Sophie Poirier
    Sophie Poirier
  • 18 juin
  • 4 min de lecture


Contexte

Dans certaines situations de gestion, les problèmes ne prennent pas toujours la forme d'un geste clairement malveillant.

Parfois, les comportements problématiques s'installent progressivement.

Ils peuvent même être perçus comme anodins par la personne qui les commet.

Cette étude de cas soulève des questions importantes concernant les limites professionnelles, la responsabilité, la gestion des soupçons et le jugement lorsqu'un gestionnaire observe des indices sans disposer encore de preuve directe.



Situation observée

À l'époque où j'étais gérante de restaurant, une situation inhabituelle attirait mon attention depuis plusieurs semaines.

Un produit alimentaire disparaissait régulièrement de l'inventaire.

Ce qui rendait la situation particulièrement étrange, c'est qu'il ne s'agissait pas d'un produit très populaire auprès de la clientèle.

Pourtant, semaine après semaine, environ une dizaine d'unités semblaient manquer.

Cette situation se répétait depuis au moins deux mois.

Les écarts étaient suffisamment importants pour attirer mon attention.

J'ai vérifié les commandes.

Les inventaires.

Les ventes.

Les procédures.

Malgré ces vérifications, aucune explication satisfaisante ne permettait de comprendre les pertes observées.

Puis un autre employé m'a rapporté avoir reçu ce produit directement d'une collègue lorsqu'il se trouvait au restaurant avec d'autres personnes.

Cette information ne constituait pas une preuve.

Toutefois, elle ajoutait un élément supplémentaire à une situation qui soulevait déjà plusieurs questions.

Les soupçons ne sont donc pas apparus à la suite d'un seul événement.

Ils se sont construits progressivement à travers l'observation répétée d'une situation qui ne trouvait aucune explication logique.

Plusieurs indices semblaient désormais pointer dans la même direction.

Malgré cela, je ne possédais toujours aucune preuve directe.



Le dilemme

Comment intervenir lorsqu'on croit qu'un problème existe sans pouvoir encore le démontrer clairement ?

Devais-je poursuivre mes vérifications ?

Devais-je attendre davantage ?

Devais-je rencontrer l'employée malgré l'absence de preuve formelle ?

Comme plusieurs gestionnaires confrontés à des situations ambiguës, je devais trouver un équilibre entre la protection des ressources de l'entreprise et le respect de la personne concernée.



L'intervention

J'ai finalement décidé de rencontrer l'employée.

Avant la rencontre, j'avais placé sur mon bureau une cassette VHS sur laquelle était inscrite la date d'un samedi soir où elle avait travaillé.

À cette époque, plusieurs commerces utilisaient encore des systèmes de surveillance enregistrés sur cassette.

Je n'ai jamais affirmé que cette cassette contenait une preuve.

Je n'ai jamais dit avoir visionné un enregistrement.

Je n'ai jamais prétendu savoir exactement ce qui s'était produit.

La cassette était simplement là.

Visible.

À quelques reprises durant la rencontre, je tapotais doucement dessus.

Je remarquais que son regard y revenait régulièrement.

La conversation s'est poursuivie calmement.

Puis, à un moment donné, elle a fini par reconnaître elle-même les faits.

Elle a admis donner régulièrement ces produits à certains de ses amis lorsqu'ils venaient au restaurant.



L'échange qui a suivi

Au cours de notre discussion, j'ai réalisé qu'elle ne semblait pas percevoir la situation avec la même gravité que moi.

Dans son esprit, elle ne prenait pas nécessairement quelque chose pour elle-même.

Elle faisait plaisir à ses amis.

Pourtant, les produits appartenaient à l'entreprise.

Et les pertes s'accumulaient semaine après semaine.

Je lui ai expliqué que ces gestes demeuraient inacceptables et constituaient une utilisation non autorisée des ressources de l'entreprise.

Je lui ai indiqué que la situation pouvait mener à un congédiement.

Je lui ai également offert la possibilité de remettre sa démission.

Après réflexion, elle a choisi de démissionner.

La rencontre s'est terminée dans le calme.



Analyse selon le modèle TRIA Conscience

Corps

Parfois, le corps détecte une incohérence avant même que les faits soient complètement établis.

Pendant plusieurs semaines, quelque chose attirait mon attention.

Les chiffres ne concordaient pas.

Les pertes se répétaient.

Mon système d'alerte demeurait activé.

Le défi consistait à écouter ces signaux sans les confondre avec une preuve.



Émotions

Plusieurs émotions pouvaient être présentes.

Le doute.

La frustration.

L'incompréhension.

Le sens des responsabilités.

Comme gestionnaire, il était important de reconnaître ces émotions sans leur permettre de dicter la décision.



Énergie

Les situations ambiguës exigent beaucoup d'énergie.

Elles demandent de la vigilance.

De la patience.

Et la capacité de tolérer l'incertitude pendant une certaine période.

Plus la situation demeure floue, plus elle peut affecter le climat de travail et la confiance.



Sens

Mon objectif n'était pas de prendre quelqu'un en faute.

Mon objectif était de comprendre ce qui se passait et de protéger l'intégrité du milieu de travail.

Cette intention a guidé chacune de mes décisions.



Réflexion

Cette situation m'a rappelé que les comportements problématiques ne sont pas toujours motivés par de mauvaises intentions.

Certaines personnes franchissent des limites sans pleinement mesurer les conséquences de leurs gestes.

Le fait de ne pas tirer un bénéfice financier personnel ne rend pas nécessairement un comportement acceptable.

Cette expérience soulève également une question intéressante :

À partir de quel moment la gentillesse envers ses proches devient-elle une responsabilité envers l'entreprise ?



Questions d'approfondissement

  • Comment auriez-vous géré cette situation ?

  • Le fait que l'employée ne s'enrichissait pas personnellement change-t-il votre perception de la situation ?

  • Où se situe la limite entre un geste de générosité et une utilisation inappropriée des ressources de l'entreprise ?

  • Comment intervenir lorsqu'une personne ne semble pas percevoir la gravité de ses gestes ?

  • Quels risques comporte l'inaction dans une telle situation ?



Apprentissage clé

Toutes les fautes ne naissent pas d'une mauvaise intention.

Certaines apparaissent lorsque les limites deviennent floues.

Le leadership conscient exige parfois de rappeler ces limites avec fermeté tout en demeurant respectueux de la personne.

Comprendre une intention est important.

Mais comprendre une intention ne signifie pas ignorer les conséquences.



TRIA Conscience

Sophistiquée sans être compliquée.


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